Le coup de sonnette, Samedi 13 juin, avenue Notre-Dame-de-Bon-Voyage à Roquebrune-Cap-Martin. Une femme décharge des plantes de son véhicule. Un homme fond sur elle par-derrière, lui saisit la gorge, arrache sa montre au poignet.
Quarante-cinq mille euros. Vingt minutes plus tard, même commune, promenade Robert-Schuman : un homme subit le même traitement. Deux cent mille euros.
Moins d’une heure, deux agressions, 245 000 euros de butin.
Je l’avoue, ce chiffre m’a fait tiquer. Pas la violence, hélas, on commence à connaître le script, mais la précision du modus operandi. Saisie par la gorge, arrachage brutal, fuite à scooter avec complice.
Ça ne sent pas le coup de sang. Ça sent le métier. On croit qu’un village niçois ne peut pas tenir un festival….
« Saquée par la gorge » : la méthode qui ne pardonne pas
La première victime, cette femme en plein déchargement de plantes, n’avait rien demandé. L’individu l’a prise par-derrière, main à la gorge, l’autre au poignet. La montre, une Cartier Ballon Bleu estimée à 45 000 euros, n’a pas résisté longtemps.
Complice à scooter, et hop, disparus dans le décor de l’avenue Notre-Dame-de-Bon-Voyage.
Vous l’avez peut-être déjà remarqué : ce type d’attaque, on en relève de plus en plus sur le secteur Est des Alpes-Maritimes. Pas loin de Monaco, où les poignets portent parfois l’équivalent d’un appartement niçois. La proximité avec la Principauté n’est pas neutre.
Les enquêteurs le savent, les spécialistes du vol à la montre le savent.
Deux cent mille euros au poignet : la Richard Mille qui fait cible
La seconde agression, promenade Robert-Schuman, même commune, même soirée. Victime masculine cette fois. Montre visée : une Richard Mille RM 30-01, 200 000 euros.
Même fuite vraisemblable à scooter. Contes pose 320 000 euros sur trois toits pour ne plus acheter son….
Là où ça coince, c’est la visibilité de ces pièces. Une Richard Mille, c’est pas discrète. C’est le contraire même.
Le modèle RM 30-01, avec son boîtier en forme de tonneau et sa complexité apparente, se repère à dix mètres dans une rue de Roquebrune. Portée en soirée, en plein jour, au volant d’un véhicule haut de gamme, elle envoie un signal. Pas que financier.
Géographique. « Je suis là, et j’ai quelque chose qui vaut le risque. » Les équipes spécialisées savent lire ce signal mieux que personne.
Je ne dis pas que la victime est responsable. Je dis que le choix de la cible n’est pas hasardeux. Les agresseurs ne passent pas leur samedi à attendre le hasard.
Ils repèrent, ils suivent, ils frappent au moment de la distraction maximale, des plantes à décharger, une promenade en fin de journée.
Une équipe de professionnels, peut-être venue de l’étranger ?
La piste privilégiée par les enquêteurs pointe vers une équipe spécialisée, potentiellement venue de l’étranger. Pas des locaux improvisés. Des gens qui connaissent les montres, les prix, les reventes.
Qui savent qu’une Richard Mille se déboulonne plus vite qu’une Rolex sur le marché gris international. Qui ont un scooter et un complice, et qui n’hésitent pas à mettre la main au cou pour paralyser la réaction.
Vous vous demandez pourquoi l’étranger ? Parce que ce type de réseau, en France, on les connaît. Les spécialistes du vol à la montre sur la Côte d’Azur, la police judiciaire de Nice en a croisé.
Mais la méthode, la coordination, le double coup en moins d’une heure, ça ressemble à des équipes qui circulent, qui frappent, qui repartent. Italie, Europe de l’Est, Balkans : les filières existent, les frontières sont poreuses, les montres volées traversent les continents en quarante-huit heures.
245 000 euros : le chiffre du coin
245 000 euros. C’est le prix d’un deux-pièces avec vue sur la mer à Roquebrune-Cap-Martin. C’est aussi, ce samedi 13 juin, la somme arrachée à deux poignets en moins de soixante minutes.
La Cartier Ballon Bleu à 45 000 euros, la Richard Mille RM 30-01 à 200 000 euros. Deux marques, deux profils de victimes, une seule violence.
La commune, située dans les Alpes-Maritimes à l’Est de Nice, borde Monaco. Ce n’est pas un hasard géographique. C’est un écosystème.
Les montres de luxe circulent, se montrent, se repèrent. Les agresseurs aussi. « On se croirait en juillet » : le Var bascule en plein été à….
La chute niçoise
Les enquêteurs travaillent. Aucun lien n’est établi avec le rugby ou le Stade Toulousain, une fausse piste parfois évoquée dans ce type d’affaires, ici écartée. Reste la question de fond : porter visiblement 200 000 euros au poignet, à quelques kilomètres de Monaco, est-ce encore un choix sans risque ?
Ou est-ce devenu, malgré soi, une invitation ?
