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La cathédrale russe Saint-Nicolas, un morceau de Russie impériale à Nice

Cinq coupoles sous le ciel azur : retour sur l'histoire de la cathédrale russe Saint-Nicolas de Nice, du drame de 1865 à sa consécration en 1912.

Portrait de Isabelle Roux
Par Isabelle Roux Publié le 20 juin 2026 · 4 min de lecture

Plantée dans le quartier du Tzaréwitch, à deux pas du boulevard du même nom, la cathédrale Saint-Nicolas surprend toujours le promeneur niçois : cinq coupoles, des briques ocres, des tuiles vernissées, un édifice qui semble tout droit sorti du vieux Moscou et qu’on n’attend pas sous le ciel azur. C’est pourtant ici, à Nice, que se dresse l’un des plus grandioses sanctuaires orthodoxes russes jamais bâtis hors de Russie. Voici son histoire.

Quand l’aristocratie russe découvre Nice

Tout commence au XIXe siècle, quand la Côte d’Azur devient le rendez-vous hivernal de l’aristocratie russe. Le climat doux attire les grandes familles de l’Empire, qui prennent l’habitude de passer la mauvaise saison à Nice. Cette présence devient si importante qu’une première église russe est inaugurée dès 1859 : c’est la première église russe d’Europe de l’Ouest. Mais la colonie grandit vite, et le petit édifice se révèle bientôt trop étroit pour accueillir tous les fidèles.

Il faudra un drame pour donner naissance au monument que l’on connaît aujourd’hui.

Le drame fondateur de 1865

La cathédrale russe Saint-Nicolas, un morceau de Russie impériale à Nice

En 1865, le tsarévitch Nicolas Alexandrovitch, fils aîné du tsar Alexandre II, séjourne à Nice. Le jeune homme, héritier du trône, n’a que vingt ans. Il loge à la villa Bermond, que son père a louée. C’est là qu’il s’éteint, emporté par une méningite, en pleine jeunesse.

Bouleversé, Alexandre II rachète la propriété et y fait élever une chapelle commémorative en hommage à son fils disparu, sur les plans de l’architecte David Grimm. Ce premier geste mémoriel marque le lieu pour toujours : c’est dans ce parc de la villa Bermond que s’élèvera, des décennies plus tard, la grande cathédrale.

Une cathédrale offerte par le tsar

Les travaux de l’édifice actuel s’étalent de 1903 à 1912. On les doit aux plans de Mikhaïl Préobrajenski, professeur à l’Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. La construction est rendue possible par la générosité du tsar Nicolas II, qui finance l’ouvrage et met à disposition le parc de la villa Bermond, devenu sa propriété. La cathédrale est solennellement consacrée le 18 décembre 1912.

Le résultat est à la hauteur de l’ambition impériale : l’un des plus grandioses et des plus anciens édifices orthodoxes russes construits hors des frontières de la Russie.

Un art moscovite sous le ciel méditerranéen

Le style s’inspire des églises moscovites à cinq coupoles de la fin du XVIe siècle, ce que l’on appelle le style « vieux-russe ». Mais derrière cette apparence ancienne se cachent des techniques bien modernes : le béton armé a été employé pour les fondations comme pour les coupoles.

Préobrajenski a eu le souci d’accorder les couleurs de l’édifice au bleu azur du ciel méditerranéen. Les matériaux viennent de toute l’Europe : pierre, briques ocres de Rhénanie, céramique, tuiles vernissées de Florence. À l’intérieur, le décor est d’une richesse rare : icônes, fresques, boiseries sculptées, et une iconostase en métal repoussé. On y dénombre près de trois cents icônes.

Un monument protégé et restauré

La reconnaissance patrimoniale vient au XXe siècle : la cathédrale est classée monument historique en 1987, puis reçoit le label patrimoine du XXe siècle en 2001. Entre 2012 et 2016, elle bénéficie d’une importante restauration, financée par la Fédération de Russie.

Sur le plan de la propriété, l’édifice appartient officiellement à la Fédération de Russie depuis 2010. L’accès reste gratuit pour les visiteurs, ce qui en fait l’un des lieux de patrimoine les plus accessibles de la ville. Mieux vaut toutefois vérifier les horaires d’ouverture avant de s’y rendre, ceux-ci pouvant varier selon les offices et la saison.

Pour qui veut comprendre le Nice cosmopolite de la Belle Époque, ce morceau de Russie impériale posé entre les villas reste un passage obligé.

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Portrait de Isabelle Roux

Par Isabelle Roux

Isabelle Roux est rédactrice locale indépendante en région PACA. Depuis 2017, elle couvre l'actualité niçoise : politique locale, vie culturelle, gastronomie et patrimoine de la Côte d'Azur. Née à Nice, elle est attachée à la culture niçoise authentique — la socca, la pissaladière, le carnaval — et s'efforce de mettre en lumière les acteurs locaux qui façonnent le visage de la ville. Elle contribue également à des dossiers thématiques sur l'identité méditerranéenne.