Sur la Promenade des Anglais, il y a un repère que tout Niçois connaît les yeux fermés : le dôme rose du Negresco. Façade blanche et rose, allure de palace, ce bâtiment résume à lui seul la Belle Époque niçoise, cette parenthèse dorée où Nice recevait les têtes couronnées d’Europe. Derrière le faste, une belle histoire d’ambition et d’architecture.
Un fils d’aubergiste roumain à la conquête de la Côte
L’homme qui donne son nom au palace s’appelle Henri Negresco. Né à Bucarest en 1868, fils d’aubergiste roumain, il fait ses classes comme maître d’hôtel à Paris avant de rêver plus grand. Son projet : créer sa propre maison sur la Côte d’Azur, là où le gotha européen vient passer l’hiver.
Pour concrétiser cette ambition, il s’appuie sur le soutien financier de Pierre-Alexandre Darracq, financier et industriel de l’automobile. C’est ce dernier qui dépose le permis de construire en 1911. Le projet est lancé.
Niermans, le maître de la Belle Époque

Pour dessiner son palace, Negresco fait appel à Édouard-Jean Niermans (1859-1928), Parisien d’origine hollandaise et l’un des grands maîtres de l’architecture Belle Époque. Son nom est attaché à des lieux mythiques : le Moulin Rouge, le Casino de Paris, l’Hôtel du Palais de Biarritz. Niermans connaît bien Nice, où il s’était installé, d’abord à Carras puis dans la villa Paradou, au Mont-Boron.
Il signe ici un édifice de style Beaux-Arts, ce courant qui domine l’architecture entre 1860 et la Première Guerre mondiale. On y retrouve la rigueur néoclassique, avec ses colonnes et ses triglyphes, mêlée à une fantaisie presque baroque : médaillons, œils-de-bœuf, guirlandes. Le tout couronné par cette façade blanche et rose et son dôme caractéristique.
Le dôme rose, repère de la Promenade
Ce dôme rose est devenu, au fil du temps, l’un des repères les plus reconnaissables de la Promenade des Anglais. Une légende niçoise tenace veut qu’il évoque le sein de la maîtresse de Negresco. L’anecdote court toujours, sans qu’on puisse vraiment la vérifier, mais elle fait partie du folklore du lieu.
Une inauguration royale en 1913
Le Negresco est inauguré le 4 janvier 1913, en présence de plus de sept têtes couronnées. Le décor est à la mesure de l’événement. Le grand hall elliptique, de style Louis XVI, est surnommé le « salon royal » ; une rotonde, du marbre de Carrare, un immense tapis et quelque 450 chambres complètent l’ensemble. L’hôtel se dote même d’un ascenseur, une rareté technique pour l’époque.
La fête sera de courte durée. Dès 1914, avec la Première Guerre mondiale, le palace est réquisitionné et transformé en hôpital militaire.
Un palace qui a traversé le siècle
Le Negresco a cette particularité d’être l’un des derniers palaces Belle Époque de la Côte d’Azur à avoir conservé sa fonction d’origine depuis sa création. Là où tant d’autres ont été transformés en appartements ou en bureaux, lui est resté un hôtel.
La reconnaissance patrimoniale a suivi : label Patrimoine du XXe siècle en 2001, puis classement au titre des monuments historiques le 13 juin 2003 pour ses façades, ses toitures et son grand hall, le fameux salon royal. Les restaurations récentes ont permis de raviver l’ensemble : la façade a été reprise en 2022, et les statues Belle Époque de 1913 ont retrouvé leur place en janvier 2026.
Du dôme rose au salon royal, le Negresco reste le témoin le plus éclatant de cette Nice de la Belle Époque qui faisait rêver l’Europe entière.
