Du 4 au 25 juillet, une artiste passée par Tourrettes-sur-Loup, Vence et Cagnes-sur-Mer arrive au Festival Off d’Avignon avec une idée nette : arracher la belle-mère au vieux rôle de coupable idéale. La nouvelle création qu’elle présente à La Factory ne contourne pas le conte de Cendrillon. Elle le retourne.
Le sujet dépasse vite le simple détour par un mythe connu. Cette pièce est une relecture qui veut déplacer le regard sur une figure usée par les clichés.
À Avignon, Cendrillon change de camp
« Cactus » revisite le mythe de Cendrillon. La pièce vise à déconstruire les clichés sur la figure de la belle-mère. C’est ce personnage que le récit populaire a souvent figé d’avance.
Le choix est frontal. Si vous connaissez ce conte par ses versions les plus installées, l’autrice s’attaque à un point précis : la marâtre devient une héroïne possible.
Une expérience intime, pas un exercice de style
La création est née de l’expérience intime de belle-mère de Laetitia Gonzalbes. Cela donne une base très concrète au spectacle, loin de la relecture abstraite qu’on plaque parfois sur un classique. C’est souvent le cas quand on veut le moderniser à toute vitesse.
Elle le dit elle-même : « Il n’existe pratiquement aucun statut pour les beaux-parents en France. » Puis elle ajoute : « La belle-mère reste une figure très mal vue. »
Le pari est fort parce qu’il part d’un angle simple. Une belle-mère est ici un rôle social regardé de travers, mal nommé, et chargé avant même d’être entendu.
De la Côte d’Azur à La Factory, un trajet qui ne sonne pas comme une parenthèse
L’autrice et metteuse en scène a grandi entre Tourrettes-sur-Loup, Vence et Cagnes-sur-Mer. Ce passage par la Côte d’Azur compte dans son parcours. Depuis le 06, cette trajectoire relie un ancrage local très clair à une scène.
Sur cette scène, les textes doivent tenir debout tout de suite.
Elle a ensuite créé sa compagnie KABUKI à Paris. Ce mouvement raconte quelque chose : une écriture née d’un vécu personnel, portée ensuite dans un cadre de production plus large. Puis elle est exposée à Avignon, là où le théâtre doit convaincre sans filet.
Le titre de la pièce va bien au projet. Un cactus pique, résiste, et survit dans des terrains durs. Pour un texte qui s’attaque à une image sociale malmenée, le choix est sec, direct, presque programmatique.
Pourquoi ce passage par le conte peut toucher large
La force du spectacle tient à une figure que tout le monde croit connaître. Si vous avez grandi avec Cendrillon, vous arrivez avec un bagage déjà prêt. La pièce peut justement travailler contre ce bagage au lieu de passer du temps à l’installer.
C’est un bon coup de théâtre au sens strict. Reprendre un mythe aussi balisé pour défendre la belle-mère est plus audacieux que d’inventer un conflit neuf. Personne ne l’aurait en tête avant d’entrer dans la salle.
Karina Testa à l’affiche : un rôle écrit pour elle
Karina Testa, présentée comme Antiboise, est à l’affiche de la pièce. La phrase de l’autrice éclaire la relation entre l’écriture et l’interprétation : « j’ai écrit le rôle pour elle ».
Si vous aimez les distributions qui ne semblent pas assemblées après coup, cette phrase pèse lourd. Un rôle pensé pour une actrice donne souvent une ligne plus précise, plus tendue. La voix, le rythme et la présence sont déjà imaginés dans le texte.
La comédienne arrive en plus avec un poids particulier cet été. Elle revient au Festival d’Avignon avec « Le procès d’une vie » et « Cactus ». Donc avec deux propositions au lieu d’un simple passage isolé.
Son autre spectacle a remporté trois récompenses aux Molières, dont le Molière pour les autrices et le Molière du meilleur spectacle dans le privé. Si vous regardez l’affiche avant d’entrer, cela ne remplace pas le jeu, bien sûr. Mais cela change le niveau d’attente.
La marâtre en héroïne : l’idée a plus de mordant qu’un simple renversement
Transformer la belle-mère en héroïne est une attaque directe contre un personnage que des générations de récits ont laissé dans un rôle presque fermé. Il y a ici une volonté de rouvrir ce dossier sans l’adoucir.
Le texte ne part pas d’une théorie froide. Il part d’une place réelle, vécue, mal reconnue, puis la pousse dans un imaginaire collectif très connu. Le théâtre gagne souvent en impact quand il relie un endroit intime à une figure populaire.
C’est le cas ici.
Cette nouvelle création veut donner de l’épaisseur à une femme que le conte a longtemps laissée sur le bord, du mauvais côté. Avec une étiquette collée au front.
Ce que vous pouvez attendre à Avignon jusqu’au 25 juillet
Le spectacle est programmé à La Factory du 4 au 25 juillet. Si vous suivez le Off, vous avez là une proposition qui prend un récit ultra-connu. Elle déplace le centre de gravité vers celle qu’on juge d’habitude avant même de l’écouter.
Pour le public du 06, le fil est limpide. Une artiste passée par Vence et Cagnes-sur-Mer, une actrice annoncée comme Antiboise, un texte né d’une expérience intime, et une scène d’Avignon pour porter l’ensemble : l’histoire locale ne reste pas au vestiaire. Elle monte avec elles.
Entre la Côte d’Azur et Avignon, cette création demande qu’on regarde enfin la belle-mère comme un personnage complet. Sur un mythe aussi balisé, c’est une secousse qui peut rester après la sortie.
