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Histoire de Nice : du comte de Savoie au rattachement a la France (1860), reperes, lieux et figures

L histoire de Nice expliquee : Cemenelum romaine, comte de Provence, comte de Savoie, occupations, plebiscite de 1860 et rattachement a la France. Lieux a voir aujourd hui pour la lire en marchant, et figures locales encore visibles.

Par Isabelle Roux Publié le 16 juin 2026 · 9 min de lecture
Vue editoriale - Histoire de Nice - illustration nissactu.fr

Nice n a pas toujours ete francaise. C est une evidence pour qui connait la ville, c est encore une surprise pour beaucoup de visiteurs. Le rattachement a la France date de 1860, soit quinze ans apres la deuxieme abolition de l esclavage et trois ans avant la guerre de Secession americaine. A l echelle d une nation, c est tres recent. Et cela explique beaucoup de choses : la presence de palais sardes, l italienite culinaire, l accent niçard et l usage du nissart dans certaines familles.

Ce guide propose une lecture historique pratique : pas une chronologie scolaire, mais des reperes a tenir, des lieux a voir, des sources solides. Les references citees viennent des Archives departementales des Alpes-Maritimes, du Musee Massena, des publications de l Academie des sciences, lettres et arts de Nice, et du quotidien rédaction régionale pour les commemorations recentes.

Avant Nice, il y avait Nikaia, puis Cemenelum

La fondation grecque de Nikaia est attribuee aux Phoceens de Marseille, autour du IVe siecle avant J.-C. C est une factorerie maritime sur la colline du chateau, plus haut que l actuel port. Les fouilles archeologiques ont confirme une occupation continue depuis cette periode, mais sans monument grec preserve aujourd hui.

Au IIe siecle apres J.-C., l empire romain installe Cemenelum sur la colline de Cimiez, comme capitale de la province des Alpes-Maritimes. C est la ville romaine majeure du secteur. Les arenes (capacite originelle 5 000 personnes), les thermes monumentaux et la voie romaine sont encore visibles a Cimiez. L acces au site archeologique est libre. Le musee d archeologie de Cimiez complete la visite.

L ensemble decline a la fin de l Empire romain. Les invasions du Ve siecle dispersent la population, et au haut Moyen Age, la zone se concentre a nouveau autour du rocher du chateau, plus defendable. La Cathedrale Sainte-Reparate, dans le Vieux-Nice, conserve des elements heritiers de cette continuite.

Provence, Savoie : huit siecles d hesitations politiques

Du Xe au XIVe siecle, Nice est rattachee au comte de Provence. C est une ville importante du commerce mediterranen, avec un statut de port franc et une identite catalano-provencale. La grande inflexion arrive en 1388, lors de la dedition de Nice au comte de Savoie.

Sous pression des troubles de succession en Provence et craignant les ambitions des rois de France, les notables nicois decident en 1388 de se placer sous la protection du comte Amedee VII de Savoie. La date est connue : 28 septembre 1388, signature a Saint-Pons. Cette dedition fait basculer Nice dans une autre orbite politique pendant pres de cinq siecles, avec quelques interruptions.

Le comte de Savoie devient duche en 1416, puis royaume de Sardaigne en 1720 (par echange diplomatique : la Sicile contre la Sardaigne). Nice est alors le grand port mediterraneen des etats sardes, fonction qu elle joue jusqu en 1860, avec une concurrence croissante de Genes apres 1815.

Trois moments d occupation francaise avant 1860

L histoire de Nice connait trois periodes d annexion francaise avant l union definitive de 1860, et il faut les distinguer car elles structurent le rapport ambigu de la ville a la France :

  1. 1543-1544 : siege franco-ottoman de Nice par les troupes de Francois Ier alliees a Soliman le Magnifique. La defense de Catherine Segurane (porteuse de drapeau et figure populaire) est devenue legende. La ville n est pas annexee mais devastee.
  2. 1691-1696 puis 1705-1713 : occupations par Louis XIV pendant les guerres de la Ligue d Augsbourg et de Succession d Espagne. Bombardements, demolition des fortifications du chateau en 1706. Restitution a la Savoie en 1713-1715 par les traites d Utrecht et de Rastatt.
  3. 1792-1814 : Nice integree au departement des Alpes-Maritimes par la Convention revolutionnaire, puis par l Empire napoleonien. Forte resistance des paysans royalistes (les Barbets). Restitution a la maison de Savoie en 1814 par le congres de Vienne.

Ces episodes expliquent la demolition des fortifications du chateau et la cohabitation, dans le tissu urbain ancien, de batisses italiennes (typiquement la Cathedrale Sainte-Reparate, achevee au XVIIe siecle) et d edifices reconstruits a la francaise apres 1814.

Le rattachement de 1860 : un plebiscite controverse

L union definitive a la France date du 14 juin 1860. Le contexte politique est celui de l unification italienne : Camillo Cavour, Premier ministre du royaume de Sardaigne, cede Nice et la Savoie a Napoleon III en echange de l aide militaire francaise dans la guerre contre l Autriche (bataille de Solferino, 1859).

Le traite de Turin signe le 24 mars 1860 prevoit un plebiscite. Le scrutin a lieu les 15 et 16 avril 1860 : selon les chiffres officiels, 25 743 voix pour le rattachement, 160 contre, 4 743 abstentions. Le score du oui depasse 99 %, ce qui souleve aujourd hui encore des questions historiques sur la sincerite du vote (intimidation, conditions de scrutin, recensement gonfle).

L historien Henri Costamagna et l Academie des sciences, lettres et arts de Nice ont publie plusieurs etudes sur les conditions du plebiscite. Le consensus academique reconnait que le scrutin a ete encadre de maniere tres favorable au oui, mais que le rattachement repondait aussi a une realite politique : les elites nicoises craignaient un avenir incertain dans un royaume d Italie en construction et voyaient dans la France un cadre stabilise.

Les lieux pour lire cette histoire en marchant

Vieux-Nice : la trame italo-provencale

La ville baroque achevee au XVIIe et XVIIIe siecles. La cathedrale Sainte-Reparate (1650-1685) est l edifice majeur, avec son orgue Perinet et ses retables. Les rues etroites (rue Droite, rue Saint-Reparate, rue de la Prefecture) gardent le tissu medieval epaissi a l italienne. La place Rossetti et le palais de la Prefecture (ancien palais des gouverneurs sardes) marquent les centres de pouvoir.

La colline du chateau : la place forte detruite

Acces gratuit toute l annee par l ascenseur du quai des Etats-Unis ou par les escaliers Rauba Capeu. Les ruines du chateau medieval (demoli en 1706 par Louis XIV) restent visibles. La cascade artificielle du XIXe siecle a ete amenagee a partir des anciens reservoirs militaires. Vue panoramique sur la baie des Anges, point de depart de toute lecture historique de la ville.

Cimiez : le visage romain et la Belle Epoque

Les arenes et les thermes romains sont decrits plus haut. Pour la Belle Epoque, l Excelsior Regina (avenue Regina) est l ancienne residence d hiver de la reine Victoria. Aujourd hui residence privee, la facade est inchangee. Le Musee Matisse et le monastere franciscain sont les autres lieux a voir.

Place Garibaldi : le symbole italien-niçois

Place Garibaldi (anciennement place Victor) honore Giuseppe Garibaldi, ne a Nice en 1807. Heros de l unification italienne, il a vivement contest le rattachement de sa ville natale a la France en 1860. La statue centrale a ete erigee en 1891. Cafes historiques tout autour. C est le point d entree symbolique pour comprendre la double appartenance niçoise.

Musee Massena : la lecture institutionnelle

Avenue de Verdun, dans une villa Belle Epoque, le musee Massena est le musee d histoire de Nice. Collections du XIXe et debut XXe, focus sur le rattachement a la France, la villegiature britannique et russe, l elite militaire. Entree libre pour les Nicois, 10 euros pour les visiteurs (donnees Office de tourisme 2026). Souvent boude par les visiteurs, c est pourtant le meilleur endroit pour comprendre la trajectoire institutionnelle de la ville.

Trois figures locales encore presentes dans la memoire

Catherine Segurane : lavandiere durant le siege de 1543, figure populaire et symbole de resistance. Une statue lui rend hommage quartier de la Bourgada (Vieux-Nice). Le vocabulaire niçois fait encore reference a son geste lors d evenements politiques locaux.

Giuseppe Garibaldi : ne a Nice (Vieux-Nice, quai Papacino, 1807). La maison natale est marquee d une plaque. Le musee Massena lui consacre une salle. Il a refuse jusqu a sa mort le rattachement de sa ville.

Andre Massena : marechal d Empire, ne a Nice en 1758. Un des grands generaux de Napoleon. Le musee qui porte son nom installe en 1921 a precisement vocation a montrer comment Nice et la France se sont reciproquement appropriees apres 1860.

Sources et lectures

Pour qui veut creuser, trois lectures restent les plus fiables : Henri Costamagna, Histoire de Nice (Privat, mise a jour 2018) ; les actes de l Academie des sciences, lettres et arts de Nice (publies chaque annee) ; et le fonds des Archives departementales des Alpes-Maritimes, en partie numerise et accessible en ligne. Pour les commemorations recentes (160 ans du rattachement en 2020, restaurations diverses), le quotidien rédaction régionale a publie plusieurs dossiers de fond, notamment celui de juin 2020 sur le plebiscite. Le site officiel de la Ville (nice.fr/histoire) propose une chronologie utile mais courte.

Questions frequentes

Quand Nice est-elle devenue francaise ?
Nice est officiellement rattachee a la France le 14 juin 1860, apres le traite de Turin signe le 24 mars 1860 entre Camillo Cavour (royaume de Sardaigne) et Napoleon III. Le rattachement est valide par un plebiscite local les 15 et 16 avril 1860, dont les conditions ont ete largement debattues par les historiens.
Pourquoi la cuisine de Nice est-elle si italienne ?
Parce que Nice n a fait partie de la France que tres tard, en 1860. Pendant pres de cinq siecles (1388-1860), elle relevait du comte puis du duche de Savoie, et plus tard du royaume de Sardaigne dont les liens culturels avec l Italie etaient tres forts. La socca, la pissaladiere, les raviolis nicois, la polenta : ce ne sont pas des emprunts italiens, ce sont des heritages directs d une longue histoire italo-niçoise.
Quelles sont les ruines romaines a voir a Nice ?
Les principales ruines romaines de Nice se trouvent sur le site archeologique de Cemenelum, a Cimiez : les arenes (amphitheatre du IIe siecle), les thermes monumentaux nord, est et ouest, et la voie romaine. L acces est libre toute l annee. Le musee d archeologie attenant complete la visite avec des objets de la vie quotidienne. Compter au moins une heure trente pour le site.
Qui etait Giuseppe Garibaldi et pourquoi est-il niçois ?
Giuseppe Garibaldi est ne a Nice en 1807, dans le Vieux-Nice (quai Papacino). C est l une des grandes figures de l unification italienne au XIXe siecle. Il a ete fortement oppose au rattachement de sa ville natale a la France en 1860 et a continue de defendre une appartenance italienne de Nice. La place Garibaldi, sa statue erigee en 1891 et la salle qui lui est consacree au musee Massena temoignent de la place ambivalente qu il occupe dans l histoire locale.

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Par Isabelle Roux

Isabelle Roux est rédactrice locale indépendante en région PACA. Depuis 2017, elle couvre l'actualité niçoise : politique locale, vie culturelle, gastronomie et patrimoine de la Côte d'Azur. Née à Nice, elle est attachée à la culture niçoise authentique — la socca, la pissaladière, le carnaval — et s'efforce de mettre en lumière les acteurs locaux qui façonnent le visage de la ville. Elle contribue également à des dossiers thématiques sur l'identité méditerranéenne.