Le 65e Festival de télévision de Monte-Carlo vient de remettre sa Nymphe de Cristal à Kristin Scott Thomas. L’actrice franco-britannique, anoblie Dame par la Couronne, a reçu cette récompense pour l’ensemble de sa carrière télévisuelle. Et pourtant, son parcours au cinéma a commencé par un coup de foudre professionnel totalement inattendu.
C’était sur la Côte d’Azur, au milieu des années 80, avec un chanteur de Minneapolis qui cartographiait déjà son propre territoire.
De Maigret à Prince en deux ans : une trajectoire niçoise
En 1984, Kristin Scott Thomas tournait dans un épisode de Maigret. Une seule réplique. Elle jouait alors à Paris, dans des pièces comme Yes, peut-être de Marguerite Duras, entre théâtre et télévision française.
Le quotidien Le Matin de Paris s’était intéressé à ce travail de l’ombre. C’est une directrice de casting qui l’a contactée pour un film américain en préparation.
Le film, c’était Under the Cherry Moon. Le réalisateur et acteur principal, c’était Prince. Et le lieu de tournage, fixé au 14 septembre 1985 : les studios de la Victorine, à Nice.
Elle avait d’abord auditionné pour un rôle secondaire. Prince avait initialement prévu de confier le rôle principal féminin, Mary Sharon, riche héritière dont son personnage tombe amoureux, à Susannah Melvoin. Les essais ont changé la donne. Kristin Scott Thomas a décroché le premier rôle.
Elle était, dit-elle, « obsédée » par la musique de Prince à cette époque. Leur première rencontre s’est faite autour d’un repas à l’hôtel de Crillon. Vous imaginez la tension : une jeune actrice de théâtre parisien, catholique pratiquante, fille de pilote de la Royal Air Force, native de Redruth en Cornouailles.
Elle était face à l’artiste le plus électrique de sa génération.
Le film oublié qui a tout lancé

Under the Cherry Moon est sorti en 1986. C’est son premier film. Et c’est aussi, paradoxalement, celui que le grand public a le moins retenu de son répertoire.
Kristin Scott Thomas cite aujourd’hui Quatre mariages et un enterrement et Le Patient anglais comme les films qui l’ont rendue mondialement connue. Elle évoque aussi Un été inoubliable et Partir de Catherine Corsini comme projets marquants.
Mais ce premier tournage niçois, elle l’a raconté avec une émotion intacte. « J’étais dans tous mes états », la formule dit l’ampleur du choc. À quatorze ans, au milieu des années 70, elle avait vu Ian McKellen et Francesca Annis dans Roméo et Juliette à la Royal Shakespeare Company.
Dix ans plus tard, elle tenait le premier rôle d’un film dirigé par Prince. L’écart entre ces deux repères n’est pas mesurable en kilomètres.
Pourquoi cette Nymphe de Cristal tombe juste
La récompense de Monte-Carlo célèbre sa carrière télévisuelle. Et pourtant, c’est peut-être dans les séries qu’elle opère aujourd’hui son travail le plus discret, et le plus précis. Elle joue dans Slow Horses, qu’elle cite aux côtés de Le Bureau des Légendes comme série expliquant les deux pays qui la composent : l’Angleterre et la France.
Cette double nationalité, elle l’a portée depuis le début. Même son premier film, tourné à Nice avec Prince, était déjà un objet hybride : production américaine, réalisateur de Minneapolis, studios français, actrice britannique qui travaillait en français. La Côte d’Azur comme point de rencontre, pas comme décor.
Le détail qui reste
Les studios de la Victorine existent toujours. Le tramway niçois ne s’y arrête pas, mais le bus 7 passe à proximité. Le film de Prince, lui, a coulé dans l’histoire, un échec commercial, une curiosité de discographie.
Ce qui demeure, c’est le témoignage : une actrice de vingt-six ans, obsédée par la musique de son futur metteur en scène, débarquant à Nice pour son premier jour de tournage le 14 septembre 1985. Vous ne trouverez pas de plaque commémorative. Juste cette Nymphe de Cristal, quarante ans plus tard, qui boucle une boucle en passant par Monaco.
