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Près de 80 enfants à Nice : le défi de maths qui transforme les devoirs en jeu

Portrait de Isabelle Roux
Par Isabelle Roux Publié le 24 juin 2026 · 7 min de lecture
Près de 80 enfants à Nice

Près de 80 enfants, âgés de 4 à 10 ans, ont passé une heure à enchaîner des exercices de maths au centre AnimaNice Django Reinhardt, à Nice-Est, le samedi 13 juin 2026. Et au milieu de ce défi, un garçon d’environ 10 ans a lâché une phrase qu’on n’entend pas tous les jours face à un cahier. « Mais, moi, je ne veux pas faire de pause, je veux continuer à faire des exercices de math, je veux gagner… »

C’est là que le sujet devient intéressant pour vous. Parce qu’au fond, ce rendez-vous ne raconte pas seulement une animation locale de plus à Nice. Il montre qu’un exercice souvent vécu comme une corvée peut devenir un jeu collectif, avec un objectif simple et très concret.

Faire en une heure plus de 1 001 exercices.

Près de 80 enfants, 1 heure, 1 001 exercices: un pari qui tient par l’énergie du groupe

Le défi s’est tenu à Nice, avec des enfants venus de L’Ariane, Pasteur et des Moulins. Rien que ce détail dit beaucoup. On ne parle pas ici d’un petit atelier fermé sur lui-même, mais d’un rendez-vous qui rassemble plusieurs quartiers autour d’une même consigne.

Le plus fort, à mes yeux, tient dans l’ambition affichée. Demander à des enfants de 4 à 10 ans de viser plus de 1 001 exercices en une heure, c’est prendre le contre-pied d’une vision très plate des maths. Une vision réduite au silence, à l’ennui et à la peur de se tromper.

Vous voyez tout de suite l’idée. Transformer un effort individuel en défi visible, presque contagieux.

Le caractère géant du rendez-vous compte aussi. Il est présenté comme le premier défi géant de mathématique organisé par Razak Fetnan, ancien directeur d’un centre social à Nice. Et ce mot, “géant”, n’est pas décoratif.

Il sert à sortir les maths du tête-à-tête scolaire pour les mettre au milieu du groupe.

À Nice-Est, la phrase d’un enfant dit plus que bien des discours

Près de 80 enfants à Nice

Quand un enfant dit qu’il ne veut pas faire de pause et qu’il veut continuer pour gagner, on tient un indice précieux. Pas une théorie. Un basculement très concret.

Vous pouvez retourner la scène dans tous les sens, la réaction reste rare.

Je trouve même que c’est le point le plus parlant de toute l’histoire. Pas le chiffre brut, pas le décor, pas la promesse autour de la méthode. Cette phrase-là montre qu’au moins, ce jour-là, l’exercice a cessé d’être vécu comme une punition.

Pourquoi cette envie de continuer change la lecture du défi

Un enfant qui réclame des exercices supplémentaires, cela casse un réflexe adulte assez paresseux sur l’école. On imagine souvent qu’il faut alléger, contourner, distraire à tout prix. Là, le moteur semble différent.

Il y a une règle claire, un but commun, et l’envie de tenir jusqu’au bout.

Vous pouvez y voir un détail. Moi, j’y vois plutôt un test grandeur nature. Si l’enfant veut poursuivre sans pause, c’est que l’entrée choisie touche juste quelque part.

Dans le rythme, dans le cadre ou dans la manière de rendre l’effort lisible.

Deux exercices par jour: la méthode paraît modeste, mais elle va droit au but

Le dispositif mis en place bénévolement par Razak Fetnan repose sur une règle très simple. Deux exercices de maths quotidiens minimums dans un cahier offert aux enfants. Sur le papier, cela semble presque trop simple.

Et pourtant, c’est justement ce refus de l’usine à gaz qui me paraît solide.

Vous n’avez pas besoin d’un programme compliqué pour comprendre ce que cette méthode cherche. Installer une habitude. Pas une montagne de travail d’un coup, pas une promesse magique.

Mais une répétition courte qui oblige à revenir chaque jour vers le calcul.

Razak Fetnan n’est pas présenté comme un communicant venu vendre une recette sortie de nulle part. Il est décrit comme un ancien directeur d’un centre social à Nice. Et il a lancé ce coaching parental bénévolement il y a plusieurs années.

Ce point compte, car la méthode ne repose pas seulement sur l’enfant. Elle fait aussi entrer les parents dans le mouvement.

C’est d’ailleurs là que le projet me semble le plus juste, et aussi le plus exigeant. Demander deux exercices par jour, ce n’est pas énorme sur une feuille. Dans la vie réelle, pour vous comme pour les familles concernées, c’est une discipline.

Et les disciplines simples sont souvent les plus dures à tenir.

Des résultats annoncés comme très bons, mais le sérieux se joue dans la durée

Jean-Marie Lasoret, ancien inspecteur de l’Éducation nationale à la retraite, apporte un appui clair au dispositif. Il déclare: « J’ai accès aux résultats des évaluations nationales et départementales du CP à la 6e de tout le département des Alpes-Maritimes. Et d’après les parents et le coach Razak les performances sont très bonnes ».

Pour vous, cette phrase donne un cadre. On ne reste pas seulement dans l’enthousiasme du jour.

Il faut quand même garder la tête froide. La formule parle de performances “très bonnes”, mais elle ne déroule ni tableau ni détail chiffré dans ce que l’on sait ici. Ce n’est pas une faiblesse du projet.

C’est simplement une limite dans ce qu’on peut affirmer sans broder.

Autre appui mis en avant: le dispositif est présenté comme approuvé et validé par des professeurs du Collège de France, dont Philippe Aghion, présenté comme prix Nobel d’économie 2025. C’est un signal fort, oui. Mais vous aurez raison de retenir surtout ceci.

Ce qui fera la différence, au bout du compte, ce n’est pas le prestige des soutiens. C’est la tenue du travail au quotidien.

Martine Lehmann, qui enseigne depuis 11 ans à l’école Jacques-Prévert, décrite comme « une des quatre du quartier de L’Ariane avec joie en Rep + », ajoute un autre ancrage. Là encore, on revient au terrain. Et c’est heureux, car les beaux labels sans relais dans une école ne valent pas grand-chose.

Né à Nice, le dispositif sort déjà de la ville

Le projet est financé par le campus de l’innovation pour les lycées et la fondation pour le logement des défavorisés, ex Abbé-Pierre. Ce n’est pas un détail administratif. Si vous voulez comprendre pourquoi cette idée dépasse le cadre d’un seul défi, il faut regarder les appuis qui lui permettent de durer.

Le dispositif, né à Nice, est présenté comme en train d’essaimer dans le VIIe arrondissement de Paris et à Bondy. L’Espagne et le Maroc sont aussi mentionnés comme intéressés. Là, soyons francs sur un point sans surjouer.

Voir une idée partie de Nice circuler ailleurs a du poids. Parce qu’une initiative locale n’obtient pas ce genre d’écho par simple sympathie.

Ce défi du 13 juin 2026 laisse donc une image assez nette. D’un côté, près de 80 enfants penchés sur des exercices avec une envie qui surprend. De l’autre, une méthode minimale, répétée, financée et poussée hors de Nice.

Si vous cherchez la leçon du jour, elle est là. Parfois, la meilleure manière de réconcilier un enfant avec les maths n’a rien de spectaculaire. Sauf le moment où il demande, presque malgré tout, à continuer.

Portrait de Isabelle Roux

Par Isabelle Roux

Isabelle Roux est rédactrice locale indépendante en région PACA. Depuis 2017, elle couvre l'actualité niçoise : politique locale, vie culturelle, gastronomie et patrimoine de la Côte d'Azur. Née à Nice, elle est attachée à la culture niçoise authentique — la socca, la pissaladière, le carnaval — et s'efforce de mettre en lumière les acteurs locaux qui façonnent le visage de la ville. Elle contribue également à des dossiers thématiques sur l'identité méditerranéenne.