Aller au contenu
Samedi 20 juin 2026 · Nice En direct Agenda Contact
N NissActu Nice & Côte d'Azur
Blog

Enfin, le plus petit village des Alpes-Maritimes accueille son premier monument aux morts

Portrait de Isabelle Roux
Par Isabelle Roux Publié le 20 juin 2026 · 5 min de lecture
Enfin, le plus petit village des Alpes-Maritimes accueille son premier monument aux

Samedi 13 juin 2026, Les Mujouls a inauguré son premier monument aux morts. Pour le plus petit village des Alpes-Maritimes, le geste dépasse largement la cérémonie: il vient combler un vide public qui durait depuis des générations.

Au cœur du pays grassois, la commune sort enfin de ce retard mémoriel. Et si vous habitez les villages du coin, vous voyez tout de suite ce que cela raconte: ici, on n’a pas posé une pierre de plus, on a réparé une absence.

Pourquoi cette inauguration pèse plus lourd que sa taille

Le conseil municipal a inauguré le tout premier monument aux morts de la commune. Dit comme ça, la formule paraît sobre. En réalité, elle pique un peu: dans un village présenté comme le plus petit du département, l’absence d’un tel repère finissait par devenir difficile à défendre.

Je préfère le dire franchement: les petites communes ont bon dos quand tout ce qui touche à la mémoire passe après le reste. Vous pouvez comprendre les urgences du quotidien, mais quand un village attend aussi longtemps pour inscrire ses morts dans la pierre, cela raconte aussi une gêne ancienne.

Le maire, Gérard Bouchard, l’explique sans détour: les maires qui se sont succédé après la Grande Guerre n’ont pas lancé un tel chantier, faute de moyens. Parmi les priorités passées, il cite la mairie, la voirie et la réhabilitation de l’habitat. Le constat est limpide.

La mémoire a attendu, parce que d’autres besoins passaient avant elle.

Dix noms depuis 1855: voilà ce que ce monument vient vraiment réparer

Enfin, le plus petit village des Alpes-Maritimes accueille son premier monument aux

Selon Gérard Bouchard, dix personnes de la commune sont décédées au cours de conflits depuis 1855. Ce chiffre est court. Il suffit pourtant à mesurer le manque, surtout dans un village de cette taille, où chaque nom pèse davantage qu’une ligne sur une liste officielle.

Si vous lisez cela depuis le pays grassois, vous savez ce que représente un nom gravé dans un petit territoire: on ne parle pas d’un symbole lointain. On parle d’une place enfin donnée à des habitants qui, jusque-là, n’en avaient pas ici.

Un travail de recherches a été mené par Christophe Bailet, originaire du village. Et c’est là que le projet tient debout. Sans ce patient retour aux traces, l’hommage aurait pu rester abstrait; avec lui, il retrouve une colonne vertébrale, presque une dette réglée tardivement.

Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

L’équipe municipale a lancé ce projet mémoriel il y a deux ans. Le monument est le fruit de deux années d’un travail collectif et assidu. Vous voyez le paradoxe: la décision, une fois prise, a avancé; ce qui a manqué pendant si longtemps, ce n’était pas l’idée, c’était la possibilité de la porter.

C’est aussi pour cela que je trouve ce dossier plus fort qu’un simple ruban coupé. Il montre qu’un chantier de mémoire, même modeste, demande des bras, du temps et une volonté nette. Sans ça, on repousse.

Puis on repousse encore.

Des pierres de l’ancien pont de l’Estéron: le détail qui change tout

Le monument a été construit à partir des pierres de la pile centrale de l’ancien pont de l’Estéron. Et là, le projet gagne une épaisseur rare. Vous n’avez plus seulement un monument neuf: vous avez une matière locale, reprise à un ouvrage disparu, qui remet du sens là où un simple bloc aurait pu rester muet.

L’ancien pont a été emporté par une crue dans les années 1990. Ce choix de matériaux est, à mes yeux, la meilleure idée du dossier. Il évite le monument interchangeable.

Il relie une mémoire des conflits à une autre blessure du territoire, plus récente, plus concrète aussi.

Christian Caietta, conseiller municipal, a consacré ses week-ends et son temps libre au chantier. Ce genre d’engagement compte. Vous sentez tout de suite la différence entre une commande posée à distance et un monument tiré par des gens qui s’y donnent vraiment.

Une cérémonie large, et un message très clair aux villages voisins

La cérémonie a rassemblé des habitants des communes de la CAPG, des représentants d’associations, des gendarmes, des sapeurs-pompiers et des élus. Il y avait aussi Daniel Maiarelli, président des Anciens Combattants de Saint-Auban, ainsi que Jérôme Pedarros, directeur de l’office national des combattants et des victimes.

Le Souvenir Français a soutenu le projet, avec la présence citée du colonel Éric Michelis, son président régional. Et Jérôme Viaud, maire de Grasse et président de la Communauté d’agglomération du Pays de Grasse, était là lui aussi. Vous voyez l’idée: ce qui s’est joué dans ce petit village dépasse son seul périmètre communal.

Mon avis est simple: quand autant d’acteurs se déplacent pour une inauguration de ce type, ce n’est pas de la figuration. C’est la reconnaissance tardive d’un manque, et peut-être un rappel discret à d’autres communes qui laissent encore dormir ce genre de dossier.

Au fond, ce monument arrive tard. Très tard. Mais il arrive avec une logique que vous pouvez saisir d’un coup d’œil: deux ans de travail, dix morts enfin rassemblés, des pierres sauvées d’un pont disparu, et un village qui arrête enfin de contourner sa propre mémoire.

Portrait de Isabelle Roux

Par Isabelle Roux

Isabelle Roux est rédactrice locale indépendante en région PACA. Depuis 2017, elle couvre l'actualité niçoise : politique locale, vie culturelle, gastronomie et patrimoine de la Côte d'Azur. Née à Nice, elle est attachée à la culture niçoise authentique — la socca, la pissaladière, le carnaval — et s'efforce de mettre en lumière les acteurs locaux qui façonnent le visage de la ville. Elle contribue également à des dossiers thématiques sur l'identité méditerranéenne.