Le Vieux-Nice et la promenade des Anglais sont deux mondes que cinquante mètres séparent et que tout oppose. D’un côté, un dédale médiéval italien, ocre et compact, à 800 ans d’histoire. De l’autre, une promenade aristocratique du XIXᵉ siècle, créée par les Anglais, qui longe la mer en ligne droite sur sept kilomètres.
Les visiteurs les confondent souvent ou les visitent sans logique. Voici l’itinéraire que je propose à mes amis quand ils ont une journée pour voir le cœur de Nice à pied, sans tomber dans les pièges habituels.
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Comprendre la géographie : pourquoi cet ordre
Le Vieux-Nice se trouve à l’extrémité est de la baie des Anges, adossé à la colline du Château. La promenade des Anglais commence en contrebas, à la place Masséna, et file vers l’aéroport sur 7 km à l’ouest.
L’itinéraire optimal : commencer par la colline du Château au matin (vue, fraîcheur, peu de monde), descendre dans le Vieux-Nice (ombres des ruelles), déjeuner local, puis remonter sur la promenade des Anglais en début d’après-midi (lumière sur la mer).
Étape 1 : la colline du Château et son point de vue (8h30-10h)
Premier repère : il n’y a plus de château. Démantelé par Louis XIV en 1706, il reste des ruines, une cascade artificielle (XIXᵉ siècle), un cimetière historique et la plus belle vue de Nice.
Comment monter :
- À pied par les escaliers Lesage depuis le port (220 marches, 10 min, vrai effort).
- Ou par l’ascenseur gratuit côté plage des Ponchettes (à droite quand on regarde la mer).
Ce qu’on voit : à 360°, la baie des Anges et la promenade des Anglais à l’ouest, le port de Nice et le Cap de Nice à l’est, la rade de Villefranche au nord-est, le Vieux-Nice 90 mètres en contrebas.
Le cimetière du Château vaut un détour rapide : tombes monumentales du XIXᵉ siècle, des familles aristocratiques russes et anglaises hivernantes, des Niçois illustres. Ouvert 8h-17h.
Étape 2 : descendre dans le Vieux-Nice (10h-12h)
Du Château, l’escalier Lesage descend directement vers la rue Rossetti et la place du même nom. C’est ici que commence vraiment le Vieux-Nice.
Place Rossetti et la cathédrale Sainte-Réparate
Cœur géographique du Vieux-Nice. La cathédrale Sainte-Réparate (XVIIᵉ siècle) en style baroque niçois, avec sa façade en trompe-l’œil restaurée en 2018-2020 et son intérieur extraordinairement décoré (stucs, dorures, peintures murales). Entrée libre, visite 20 minutes.
Sur la place : la glacière Fenocchio, légendaire depuis 1966 pour ses 86 parfums (dont tomate-basilic, lavande, foie gras au porto). Concédons que c’est touristique mais c’est aussi très bon.
Rue Droite
Malgré son nom, c’est l’une des rues les plus tortueuses du Vieux-Nice. C’est l’ancienne decumanus maximus romaine, devenue artère principale du Nice médiéval. On y trouve :
- Le palais Lascaris (n°15) : palais génois XVIIᵉ siècle classé Monument historique, collection d’instruments de musique anciens. Entrée gratuite (musée municipal).
- L’église du Gésu : façade discrète, intérieur baroque délirant. À voir.
Place Saint-François et le marché aux poissons
Petite place avec sa fontaine triton, marché aux poissons tous les matins sauf le lundi. Ambiance authentique, les poissonniers crient encore en niçois. À côté, l’ancien beffroi du XVIIIᵉ siècle.
Cours Saleya
J’ai consacré un article complet au cours Saleya. Pour cet itinéraire, le passer en milieu de matinée permet d’acheter de quoi pique-niquer (socca, pissaladière, fromage, fruits) ou de simplement traverser le marché aux fleurs.
Place Garibaldi
À l’extrémité nord du Vieux-Nice, la place Garibaldi (XVIIIᵉ siècle, style turinois) marque la transition entre Vieux-Nice et ville moderne. Statue de Garibaldi (né à Nice en 1807), terrasses, et surtout René Socca, marchand de socca ambulant emblématique depuis les années 1970.
Étape 3 : déjeuner niçois (12h-14h)
Mes recommandations pour un déjeuner après cet itinéraire dans le Vieux-Nice :
- La Merenda (rue Raoul Bosio) : la cantine niçoise authentique, sans téléphone, sans carte bleue. Réservation le matin sur place uniquement.
- Acchiardo (rue Droite) : trattoria familiale, gnocchis aux blettes maison, daube niçoise. 18-25 € le plat.
- Chez Pipo (rue Bavastro, port) : la socca au feu de bois de référence depuis 1923. Pas un déjeuner complet, plutôt en-cas costaud.
Étape 4 : la promenade des Anglais (14h30-17h)
Depuis le Vieux-Nice, on rejoint la promenade des Anglais en passant par la place Masséna (rouge pompéien, fontaine du Soleil avec son Apollon de 7 mètres). Puis on descend vers la mer.
Histoire courte de la promenade
Au XVIIIᵉ siècle, Nice attirait déjà des hivernants britanniques pour son climat. En 1820-1830, la communauté anglaise (largement représentée par le révérend Lewis Way) finance la création d’un chemin pavé le long de la mer pour faciliter ses promenades. Les Niçois l’appellent immédiatement « lou camin dei Inglés », le chemin des Anglais.
Aménagée et élargie tout au long du XIXᵉ siècle, dotée d’éclairage et de palmiers, la « Prom » devient au tournant du XXᵉ siècle la grande promenade aristocratique européenne.
Les bâtiments emblématiques
En partant de la place Masséna vers l’ouest :
- L’hôtel Westminster (n°27) : façade rose Belle Époque.
- Le palais de la Méditerranée (n°15) : ancien casino Art déco 1929, façade classée.
- Le Negresco (n°37) : icône absolue, ouvert en 1913, dôme rose conçu d’après Anna de Noailles. La visite du hall (gratuit) reste un classique : tapis royal de la Savonnerie, lustre Baccarat de 16 309 cristaux, art moderne dans les couloirs.
- Le musée Masséna (juste à côté du Negresco) : villa Belle Époque, jardins, musée gratuit retraçant Nice 1792-1939.
Les points de vue à connaître
- Le Quai des États-Unis (extrémité est de la promenade) : vue sur la baie des Anges et la colline du Château.
- Le belvédère face au Negresco : vue panoramique sur la baie.
- La plage publique des Ponchettes : galets, eau cristalline, vue sur le Vieux-Nice et le Château.
Étape 5 : retour par les Ponchettes et la place Garibaldi (17h-19h)
Pour revenir vers le Vieux-Nice, longer la plage des Ponchettes (galets, ambiance locale) puis remonter par la rue Saint-François-de-Paule où se trouvent :
- L’opéra de Nice (1885) : façade italienne, intérieur en ors et velours rouges. Visites guidées disponibles.
- L’huilerie Alziari (n°14) : huile d’olive de Nice AOP depuis 1868. La meilleure adresse pour ramener une bouteille (12-25 €).
- La confiserie Auer (n°7) : depuis 1820, fruits confits, calissons, marrons glacés. Boutique classée Monument historique.
L’apéritif niçois pour clore la journée
Après cet itinéraire, l’apéritif s’impose. Quelques adresses où les locaux vont vraiment :
- Le Comptoir Central Électrique (cours Saleya / rue Centrale) : ambiance bistrot moderne, ardoise, vins de Bellet.
- L’Effervescence (rue de l’Abbaye) : bar à vins niçois, sélection pointue.
- El Merkado (rue Saint-François-de-Paule) : tapas méditerranéennes, terrasse animée.
Conseils logistiques pour cet itinéraire
Distance totale : environ 6 km à pied, dénivelé 90 m sur la colline du Château.
Durée : 7-8 heures avec déjeuner.
Saison : praticable toute l’année. Éviter juillet-août après 11h (chaleur, foule). Idéal en mai, juin, septembre, octobre.
Équipement : chaussures plates obligatoires (pavés du Vieux-Nice glissants), eau, chapeau l’été.
Tarif total : environ 80-100 € par personne (déjeuner + 2 musées + cafés). Hors transport.
FAQ — Vos questions sur le Vieux-Nice et la promenade des Anglais
Combien de temps pour visiter le Vieux-Nice ? Une demi-journée minimum pour les principales places et ruelles, le palais Lascaris et la cathédrale Sainte-Réparate. Une journée complète si vous ajoutez la colline du Château et un déjeuner traditionnel.
Comment monter à la colline du Château ? Trois options : à pied par les escaliers Lesage depuis le port (220 marches, 10 minutes), par l’ascenseur gratuit à l’extrémité de la promenade des Anglais (côté plage des Ponchettes), ou par le petit train touristique payant.
Le Vieux-Nice est-il dangereux le soir ? Non. C’est un quartier vivant et sûr. Les ruelles s’animent en soirée avec restaurants, bars et terrasses. La présence policière est régulière. Comme partout, vigilance habituelle sur les sacs en zones touristiques denses.
Pourquoi appelle-t-on « promenade des Anglais » ? Parce qu’elle a été financée par la communauté britannique hivernante de Nice dans les années 1820-1830, sur l’initiative du révérend Lewis Way. Les Niçois l’appelaient à l’origine « lou camin dei Inglés », le chemin des Anglais.
Peut-on se baigner sur la promenade des Anglais ? Oui, plusieurs plages publiques (Ponchettes, Beau Rivage, Lenval) et privées payantes. Toutes sont des plages de galets, pas de sable. L’eau atteint 22-26°C de juin à octobre.
Quels sont les meilleurs restaurants du Vieux-Nice ? Pour la cuisine niçoise traditionnelle authentique : La Merenda (rue Raoul Bosio), Acchiardo (rue Droite), Chez Pipo (rue Bavastro pour la socca). Voir notre guide complet des restaurants niçois pour plus d’adresses.
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